Venger un crime

EXTRAIT

« Venger un crime diffère de venger un proche en ce qu’il n’y a aucun devoir sacré qui engage le vengeur. Il s’agit d’une vengeance privée et le plus souvent, il ne s’agit pas de venger un crime de sang. Ce crime peut être tout simplement une tache sur l’honneur, comme la première des vengeances qui entra dans la postérité dramatique, celle qui a provoqué la guerre de Troie, qui n’est rien d’autre qu’une histoire de cocu. Un cocu royal, certes, qui veut qu’on l’aide à récupérer l’infidèle, mais ce n’est pas Hélène qui paiera le prix fort dans cette affaire, ce seront tous les autres, tant de nobles jeunes gens, les rois des villes de Grèce, qui avaient tous rêvé d’épouser la plus belle des femmes et qui avaient tous demandé sa main. Hélène avait choisi Ménélas, et son père avait fait jurer à tous les prétendants éconduits de venir à son secours si quelque malheur lui survenait. Une promesse étant sacrée, tous avaient pour devoir de voler au secours du mari trompé. Il est fort à parier que beaucoup ont dû rire de cette mésaventure avant de pleurer des larmes de sang…

Pas de quartier. Nulle compassion, ni hésitation. “Faut que ça saigne !”, chantait Boris Vian et pourtant, nous ne sommes pas (pas encore !) dans un film d’aventures américain. Cette sauvagerie est-elle à mettre au compte de la barbarie des temps anciens ? Autre temps, autres mœurs ? »