Détruire

EXTRAIT

« Détruire est souvent complémentaire de se révolter. Comme dans Spartacus, où les esclaves saccagent les villas de leurs anciens maîtres.

Elle est aussi corollaire de venger un crime, comme dans Le Dieu noir et le diable blond, où le vacher Manuel, qui a tué son patron, se retrouve avec les cangaceiros, ces bandits de grand chemin, nombreux dans un Brésil où la misère jette sur les routes tant de crève-la-faim dont certains deviennent des brigands. Quand ils le peuvent, ils rendent à leurs persécuteurs le mal qu’ils leurs ont fait. Ainsi, l’un des hommes de la bande saccage l’hacienda d’un propriétaire terrien qui l’a martyrisé quand il était petit. Il n’était pas alors en état de se révolter comme l’a fait Manuel avec son patron. Mais cette fois, le rapport de forces est inversé en faveur du cangaceiro qui torture alors son ancien persécuteur, le châtre et viole sa fiancée. Il détruit la vie de celui qui a détruit la sienne. Détruire est un exutoire à la colère de qui n’a pas rencontré l’espoir. Elle est la manifestation de ceux qui ont été empêchés de se révolter. Réduits à l’impuissance, il ne leur reste que la violence, ils vont détruire ce qu’ils n’ont pu obtenir.

Détruire s’accorde aussi avec la folie, elle est alors une autodestruction, un mal que l’on fait à soi-même. Elle devient l’expression du désespoir, la réponse à une douleur insupportable qui n’a pas été entendue ou a été rejetée… Ainsi, le chagrin qui n’est pas soulagé par la colère, la rage ou la révolte, réussit à détruire un individu. »