Être possédé, en proie

EXTRAIT

« En pleine époque de la Renaissance, les bûchers des sorcières ont été commandés par des juges séculiers, brillants juristes de leur temps et réputés humanistes, qui voulaient éradiquer par le feu purificateur les croyances d’avant le christianisme, les superstitions héritées des temps païens qui perduraient dans les campagnes. Des croyances de bonnes femmes, celles déclinées dans L’Évangile des quenouilles, qui allaient du mauvais œil à la bonne étoile, du chat noir de mauvais augure au coucou annonçant prospérité ou misère, du filtre d’amour au lacet qui noue l’aiguillette et rend les hommes impuissants, en fait, tout ce qui relève de la pensée magique.

Par un prodigieux paradoxe, en ces temps où les humanistes voulaient réconcilier la pensée chrétienne avec le savoir de l’antiquité, et faire des penseurs et des savants chrétiens les héritiers des philosophes et des savants grecs, quand les médecins affirmaient tenir toute leur médecine des “bonnes femmes” de village, qui connaissaient les secrets des plantes et savaient soigner, soulager, guérir, mettre au monde, ces femmes furent déclarées sorcières et adoratrices du diable dont elles auraient tenu leurs pouvoirs. Sorcières aussi les femmes hystériques, les mélancoliques, les mauvaises voisines, les méchantes belles-mères et les belles-filles acariâtres. Car le diable, c’est d’abord le continent noir que chacun de nous possède, cet inconscient qui nous mène et parle un langage que nous ne comprenons pas. L’épilepsie, l’hystérie, les maladies mentales féminines sont vues alors comme des phénomènes de possession par le diable. Autant de preuves que ces femmes se sont données à Satan, corps et âme. »