Tout sacrifier à la passion

EXTRAIT

« L’Argent de la vieille est une comédie très cruelle comme les cinéastes italiens savent si bien les faire. Chaque année depuis huit ans, une vieille et richissime Américaine (Bette Davis) vient passer quelques semaines à Rome, et son premier souci, c’est de jouer au scopone, un jeu de cartes, avec Peppino (Alberto Sordi) et Antonia (Silvana Mangano) qui vivent avec leurs trois enfants dans un quartier misérable. Peppino est chiffonnier et Antonia fait des ménages, mais ils ont remporté tous les concours régionaux de scopone. Voilà des adversaires de jeu qui plaisent à l’Américaine, elle les invite tous les soirs, et leur prête à chaque fois un million de lires qu’elle n’a de cesse de leur reprendre. La partie se joue en deux équipes, Peppino et Antonia, contre la vieille et son ex-amant devenu chauffeur (Joseph Cotten). Depuis huit ans, Peppino et Antonia rêvent de gagner une somme confortable dont Peppino a déjà prévu l’usage : l’achat d’un appartement et des études à l’université pour chacun des enfants. Mais si Peppino garde les pieds sur terre, Antonia joue avec rage, elle rêve de tout arracher à la vieille qui étale sa fortune devant eux, et pourquoi pas, de vider son coffre. Quand Peppino joue une mauvaise carte, Antonia le tance sans ménagement. Tout le quartier pense d’ailleurs qu’elle est mal lotie avec son mari et qu’elle ferait mieux de s’acoquiner avec Richetto, un joueur professionnel qui essaie de la prendre à son mari. Un soir, ils croient obtenir enfin la fortune, ils ont gagné un demi-milliard de lires. Peppino veut s’arrêter, ce qu’il vient de remporter lui suffit pour la vie. Mais Antonia est maintenant dévorée par la passion du jeu ; elle le force à jouer quitte ou double. Il cède et joue la mauvaise carte, ils perdent tout… À la fin du film, ils ont perdu leur maison et ils sont couverts de dettes. »