Être audacieux

EXTRAIT

« “Être audacieux résume la poésie de la guerre, du vol, de l’embuscade, du casse-cou, la poésie de l’aventurier aux yeux clairs, de l’homme en dehors des civilisations artificielles, de l’Homme dans la pure acception du terme”, écrit Georges Polti. Autant dire qu’être audacieux, pendant longtemps, n’a pas été une affaire de femme.

Le personnage de l’audacieux est de type héroïque. Il est capable de se dresser contre la loi et de se moquer des interdits, il est celui qui menace l’ordre établi. Il transgresse, mais vole au secours de la veuve et de l’orphelin. Il sauve, il punit. Il empêche les brigands de s’entendre, les politiciens de trahir, les méchants de triompher, il ne s’embarrasse ni de scrupules, ni de sensiblerie, à son avis la fin justifie les moyens pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé ou qui lui a été fixé, il lui faut réussir coûte que coûte et nombreuses sont les forces conjurées contre lui, elles aussi ne reculeront devant rien pour le faire échouer ou périr. Car l’audacieux est dangereux, il gêne, et il se retrouve bien vite traqué comme un gibier. Il ne doit alors compter que sur ses propres forces qui sont le courage, l’intelligence, la ruse, l’art de la stratégie, l’endurance, la détermination. Mais il ne lui est pas nécessaire d’être vertueux (du moins à plein temps), il peut se permettre tous les excès, ivrognerie, débauche, goinfrerie, colère, cupidité, cruauté, défauts qui n’en sont guère, ils sont les compléments indispensables à ses qualités, qui lui permettent de tromper l’ennemi, de le deviner et de le mieux combattre, car ce n’est pas toujours la vertu qui vient à bout du mal, mais le plus souvent, c’est le mal qui peut vaincre le mal, comme parfois seul le feu peut arrêter le feu. »