Rivaliser à armes égales

EXTRAIT

« Voici donc à nouveau ceux qui savent si bien dépecer le cœur de leur proie, qui est ici le cœur de leurs enfants. Nous l’avons vu dans la situation être possédé. Dans ce domaine, certains parents sont devenus champions toute catégorie. C’est tellement facile, quand on est une personne ayant autorité, d’abuser de plus faible que soi. Il est tellement tentant de rivaliser à armes inégales, et tellement simple de gagner. D’autant que cela n’empêche pas les enfants de continuer à aimer leurs parents monstrueux qui les font tant souffrir.

Celui qui rivalise à armes inégales, c’est bien sûr Cal dans À l’est d’Eden. C’est aussi le fils de De battre mon cœur s’est arrêté, le remake d’un film américain, Mélodie pour un tueur, l’histoire du fils d’un truand, qui veut devenir pianiste et à qui son père demande d’exécuter un mauvais payeur. Dans le remake français, le père (Niels Arestrup) est un agent immobilier qui trafique dans des affaires louches, mais c’est le même père qui estime posséder tout pouvoir sur son fils (Romain Duris) et qui n’a que mépris pour sa passion du piano. Le père assimile la musique à un divertissement de femme, c’était d’ailleurs le métier de la mère du garçon et d’après le père, cela ne l’a pas menée bien loin, sinon à la drogue qui l’a détruite. C’est du moins ce que raconte le père à son fils et le spectateur peut supposer que c’est d’avoir eu cet homme pour mari qui a conduit sa femme à se détruire. Il faudra la mort du père monstrueux, assassiné par le mauvais payeur, pour que le fils puisse enfin vivre sa vie. Ce n’est pas là une mort symbolique, celle qui permet au petit garçon de pouvoir grandir sans être écrasé par la stature paternelle, c’est une mort bien réelle qui libère à jamais le fils de son oppresseur. »