Anubis

LE DEUIL IMPOSSIBLE

Après avoir assassiné son frère Osiris, Seth en découpe le cadavre qu’il éparpille dans le Nil. Isis retrouve treize morceaux sur quatorze de la dépouille de son mari. Anubis reconstitue le corps d’Osiris et Isis remplace le pénis perdu par une prothèse en argile. Osiris peut alors renaître sous la forme d’une momie féconde et ensemencer son épouse d’un fils légitime. Légende extraordinaire qui inaugure la coutume de la momification des pharaons il y a de cela quelque cinq à six mille ans. Cette légende peut paraître extravagante à nos esprits modernes. Pourtant, en imaginant comment Osiris pouvait survivre aux outrages de la mort, les Égyptiens voulaient décrire une entité immatérielle et immortelle en laquelle ils croyaient, mais que leur écriture figurative ne pouvait représenter : l’âme.

Anubis, à tête de chacal

Anubis, à tête de chacal

Dans la Quatrième partie du livre, les Égyptiens anciens ne sont pas les seuls à s’interroger sur “le corps et l’âme”, d’inattendus personnages modernes se penchent sur le même problème et apportent les mêmes solutions.  Avec “le mort damné”, la religion égyptienne, en supposant que dans l’au-delà chacun aura à répondre des actes de sa vie sur terre, ouvre la voie aux croyances à “l’Apocalypse” et au “Jugement dernier”. “Le culte du mort” bouleverse les esprits les plus solides, et peut les mener à mépriser la vie ou à sombrer dans la folie pour fuir l’insupportable idée de la corruption du corps de l’être aimé. Une autre façon de ne pas succomber au désespoir est de refuser la réalité de la mort de cet être adoré et d’expliquer son silence par le respect d’un rite où “les fétiches du mort” sont le prélude d’une résurrection annoncée. Mais si les vivants s’obstinent à pleurer la dépouille de leur mort et à espérer une survie miraculeuse, le mort lui-même sait bien que l’important est la conservation de son âme, qu’elle soit réalité dogmatique ou devoir de mémoire, et “le revenant” doit parfois déranger ceux qui l’ont pleuré pour leur rappeler qu’il est avant tout un esprit dont les besoins sont tout, sauf matériels. À tel point que “le mort qui ne veut pas mourir” est capable de vampiriser ceux qui restent en vie, oubliant à son tour qu’il est pur esprit et ne peut se mêler à un monde dont il a été définitivement exclu. L’humanité peut-elle oublier son chagrin quand elle est mise en présence de la mort, aussi bien celle des proches que celle d’inconnus qui n’en sont pas moins des “semblables” ? “Requiem in pace” est un vœu qui s’adresse à tous les morts, les vivants, eux, sont maîtres de leur choix, ils peuvent exprimer soit leur compassion ou leur colère, soit leur indifférence la plus totale devant le spectacle du malheur des autres.

Films analysés :

  • Intouchables, réalisé par Olivier Nakache & Éric Toledano, d’après Philippe Pozzo di Borgo, France, 2011.
  • Billy Elliot, écrit par Lee Hall, réalisé par Stephen Daldry, Royaume-Uni, 2000.
  • Psychose, écrit par Joseph Stefano, d’après Robert Bloch, réalisé par Alfred Hitchcock, États-Unis, 1960.
  • Rangoon, écrit par Alex Lasker & Bill Rubenstein, réalisé par John Boorman, Royaume-Uni, États-Unis, 1994.
  • Dr House, série en 8 saisons, conçue par David Shore, États-Unis, 2004-2012.
  • Sixième Sens, écrit et réalisé par Manoj Night Shyamalan, États-Unis, 1999.
  • Mars attaque !, écrit par Jonathan Gems, réalisé par Tim Burton, États-Unis, 1996.
  • Aux frontières du réel (The X-Files), série conçue par Chris Carter, 202 épisodes de 43 minutes, États-Unis, 1993-2002.
  • Six Feet Under, série en 5 saisons, conçue par Alan Ball, États-Unis, 2001-2005.

Livres analysés :

  • Le Second Souffle, Philippe Pozzo di Borgo.
  • Nouveau Testament, Évangiles selon saint Luc.
  • Nouveau Testament, Apocalypse de saint Jean.
  • Le Coran, Les Anges qui arrachent les âmes.
  • Journal d’une expédition entreprise dans le but d’explorer le cours et l’embouchure du Niger, Richard & John Lander.
  • Allah n’est pas obligé, Ahmadou Kourouma.
  • Napoléon le Petit, Mens Agitat Molem [l’esprit fait se mouvoir la matière], Victor Hugo.
  • La Guerre des mondes, H. G. Wells.

Pièces de théâtre analysées :

  • Antigone, tragédie, Sophocle.
  • La Vie et la mort du roi Jean, tragédie en 5 actes, William Shakespeare.
  • La Visite de la vieille dame, Friedrich Dürrenmatt.
  • The Tragical History of Hamlet, Prince of Denmark, tragédie, William Shakespeare.
  • Les Bâtisseurs d’empire, ou le Schmürz, Boris Vian.

Peintures et sculptures analysées :

  • Le Jugement dernier, tympan du portail principal de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, anonyme (1220-1230).
  • Jeanne la Folle attendant la résurrection de Philippe le Beau, son mari, Charles Auguste, baron de Steuben, dit Charles Steuben (1836).
  • Jeanne la Folle caressant le cadavre de son mari Philippe le Beau, Louis Gallait (1859).
  • Jeanne la Folle s’opposant à l’ inhumation de son mari Philippe le Beau, Lorenzo Vallès (1866).
  • La Reine Jeanne la Folle devant le cadavre de son mari Philippe le Beau, Francisco Pradilla y Ortiz (1877).

Chansons analysées :

  • Le Mécréant, écrite et composée par Georges Brassens.
  • La Mauvaise réputation, écrite et composée par Georges Brassens.
  • Les Amoureux des bancs publics, écrite et composée par Georges Brassens.
  • Indian Love call, interprété par Slim Whitman, composée par Otto Horbach, Oscar Hammerstein II & Rudolf Friml.
  • Le Déserteur, écrite par Boris Vian, composée par Harold Berg.
  • The Freewheelin’ – [The Answer is] Blowin’in the Wind , [La Réponse est portée par le vent], écrite et composée par Bob Dylan.