L’adultère

EXTRAIT

« La légitimité des enfants est l’un des problèmes que pose l’adultère féminin, et les femmes ont été longtemps tenues au secret dans leurs amours irrégulières. Ce qui pourrait porter à croire que les hommes ont toujours été plus volages que les femmes, mais il n’y a jamais eu de statistiques sérieuses sur la question. Si les hommes mariés se vantent de leurs maîtresses et les affichent volontiers, les femmes mariées sont plus discrètes. Bien qu’elles soient bavardes à tout propos, quand il leur arrive de prendre un amant, elles gardent un silence de plomb de peur d’être découvertes. Pourtant, il n’est pas facile d’éteindre la lumière dans le regard d’une femme qui sort du lit de son amant et qui rentre en courant à la maison pour arriver avant que son mari ne revienne du travail. Tous les maris ne sont pas des Charles Bovary et d’aucuns reconnaissent chez leur épouse encore un peu essoufflée, un bonheur, une plénitude, une lassitude dont ils savent bien qu’ils ne sont pas responsables.

C’est ce qui arrive à la jeune héroïne de La Peur, une nouvelle de Stephen Zweig, l’histoire d’une jeune femme qui a tout pour être heureuse, un mari, deux enfants, de l’argent, et un amant rencontré dans une soirée et qui la fait si bien danser. Mais une femme vient la trouver, qui prétend être la maîtresse abandonnée de l’amant et réclame de l’argent sous peine de tout raconter au mari. La jeune femme paie, une fois, deux fois, mais la femme revient toujours et l’épouse n’a plus d’argent. Elle a si peur que son mari l’apprenne qu’elle songe au suicide et entre dans une pharmacie pour acheter du poison. Mais son mari l’arrête, il la suivait et il avoue qu’il a mis en scène lui-même l’histoire de la maîtresse abandonnée, qu’il a payé une comédienne pour jouer le rôle et qu’il l’a fait par amour, pour que sa femme lui revienne. Aussi la jeune femme retourne-t-elle à son mari sans autre conséquence que cette grande peur qu’elle a vécue. C’est déjà un châtiment terrible. »