Ralenti

Extrait de la seconde partie du livre.

« En 1969, dans La Horde sauvage, Sam Peckinpah utilise pour la première fois au cinéma un ralenti dans une scène de massacre. Le cinéaste veut rappeler qu’une arme à feu, surtout lorsqu’elle est de gros calibre et tenue à bout portant, fait exploser la carcasse humaine et gicler le sang. Balles et chevrotines projettent les corps loin en arrière et l’on comprend pourquoi les qualités d’une arme de poing sont déterminées par sa « puissance d’arrêt », une manière hypocrite d’évoquer sa capacité à tuer. Les plans tournés au ralenti, entre 60 et 80 images par seconde, soulignent les épanchements de sang et la douleur de celui qui est atteint. Un simple pansement ne suffira pas à réparer les dégâts! Il faudra de la chirurgie lourde, et plus sûrement la pelle du fossoyeur… À l’époque, la guerre du Vietnam et tous les soldats qui rentraient au pays dans des body bags, attestaient que la guerre n’était pas en dentelles. Les ralentis de La Horde sauvage montrent avec précision la violence, comme ils témoignent de la beauté somptueuse d’un cheval au galop. Paradoxalement, ils permettent aussi de dissimuler le truquage des blessures, les pétards qui crèvent des baudruches de fausse hémoglobine perdent par leur ralentissement l’aspect artificiel d’une explosion extérieure au corps pour donner l’illusion d’une pénétration de l’acier dans les chairs. »