Fondus

Extrait de la première partie du livre.

« Dans ses films constitués de plusieurs tableaux, Méliès utilise le fondu enchaîné lorsqu’il passe d’un décor à l’autre. Illusionniste, escamoteur hors pair, magicien, prestidigitateur, on comprend qu’il éprouve quelque réticence à souligner la manipulation que représente toute collure, lui qui la cache le plus soigneusement possible quand il utilise le procédé de l’arrêt de caméra. Les fondus enchaînés systématiques que l’on remarque dans les copies de ses films lui semblent un procédé efficace pour dissimuler les coutures du bout à bout, le fameux ”changement à vu“ comme il l’appelle. »

Extrait de la seconde partie du livre.

« Si le fondu enchaîné est une liaison, le fondu de fermeture et son contraire le fondu d’ouverture, sont des transitions. Ils marquent une projection dans le temps, c’est-à-dire une ellipse temporelle. Dans La Mouche, de David Cronenberg, lorsque Seth Brundle (Jeff Goldblum) comprend que son expérience de téléportation a mal tourné et qu’il est maintenant une fusion des chromosomes de son ancien corps et de ceux d’une mouche qui s’est glissée avec lui dans le télépode émetteur, un gros plan sur son visage montre son angoisse qui succède à l’euphorie de ce qu’il croyait être le couronnement de sa vie de chercheur. Ce plan se termine en fondu au noir. L’écran reste noir pendant plusieurs secondes, le plan suivant commence en fondu d’ouverture, du temps s’est écoulé, trois semaines, le temps nécessaire à la mutation du savant en homme-insecte, c’est encore une ellipse temporelle. Ici commence le second acte de ce drame fantastique, la déchéance de Seth Brundle et sa descente aux enfers. »