Champ/contre champ

Extrait de la première partie du livre.

« En tournant le premier contre champ du cinéma, le cinéaste anglais primitif James Williamson a pris un risque. Il lui a fallu commettre un crime de mauvaise photographie. Il faut se souvenir que les cinéastes de l’époque exécutaient leurs prises de vues en respectant toujours une configuration précise, celle des photographes, le soleil devait être dans le dos de l’opérateur, face au sujet. Le contraire conduisait à une inévitable déconvenue, les pellicules ne supportaient pas le contre-jour qui produisait alors des silhouettes aux figures obscurcies, presque illisibles. James Williamson, en retournant sa caméra par rapport à son premier décor bien éclairé de face, provoque un violent décrochage de lumière derrière les personnages, ce qui rend la photographie très contrastée, avec les visages un peu sombres, mais donne à ce plan une force dramatique certaine car il authentifie la réalité géographique du lieu où se déroule le drame. »

Extrait de la seconde partie du livre.

« Le contre champ peut être utilisé pour montrer le lieu, le décor ou le groupe de gens que le personnage découvre. Le champ montre le personnage de face, puis le contre champ montre ce que le personnage voit. Ce peut être une scène bucolique, ou tout au contraire une scène de tension, comme dans M le maudit, lorsque le tueur d’enfants est jeté sur le sol de la cave transformée en tribunal par la pègre. On le voit d’abord dévaler l’escalier en plan de demi-ensemble, puis il se retourne en protestant violemment et l’on voit en contre champ l’assemblée de ses juges immobiles, filmés en plan d’ensemble, qui le regardent dans un silence impressionnant. Dans le cinéma muet, lorsqu’on tournait une scène de dialogue, il fallait que les personnages se parlent à l’intérieur d’un même cadrage pour attester la réalité de ce dialogue. C’est l’apparition des intertitres qui a permis de filmer un dialogue en champ/contre champ. Le dialogue écrit séparait le champ du contre champ. On pouvait ainsi isoler un personnage en plan rapproché, qui, sans l’usage de l’intertitre, aurait donné l’impression de parler dans le vide. Mais le plus souvent, les personnages étaient filmés ensemble. Après l’invention du film sonore, l’utilisation du champ/contre champ sur chacun des personnages est devenue systématique dans les séquences de dialogue. »