Passage au flou

Extrait de la première partie du livre.

« En 1900, l’Anglais George Albert Smith tourne un petit film bien misogyne, Laissez-moi rêver encore. Un affreux vieux monsieur rêve qu’il dîne avec une jeune et jolie femme et se réveille avec horreur, les bras enlacés autour de son épouse qui repousse ces caresses destinées visiblement à une autre. Le film est traité en deux plans reliés par un procédé qui n’a jamais encore été utilisé, le passage au flou. Le premier plan se termine en devenant flou (out of focus) et le second commence en flou suivi d’une mise au point (in focus). Les deux flous marquent la transition entre le rêve et la réalité. »

Extrait de la seconde partie du livre.

« Une application courante du passage au flou est ce qu’on appelle une bascule de point, qui intervient essentiellement dans un dialogue. À l’intérieur d’un plan, l’image d’un personnage est nette, il parle à un autre personnage placé en retrait par rapport à lui, dont l’image est floue. Puis le second personnage prend la parole, il devient net tandis que le premier personnage passe au flou. C’est une façon de mettre en valeur les paroles d’un personnage, ou les réactions de l’autre à ses paroles. Par exemple, dans 48 heures, chaque fois que Jack Cates se réveille, c’est pour grogner, son boulot de flic ne lui laisse pas l’âme en paix. Une discussion mesquine à propos d’une chemise s’articule sur un gros plan de Jack et auprès de lui dans le lit, filmée en plan mi-moyen, Elaine, son amie. Les deux personnages apparaissent nets et flous en alternance, ce qui renforce l’idée d’une entente chaotique, Elaine et Jack ne sont pas tout à fait branchés sur la même longueur d’ondes, tout comme leur image respective ne fait pas le point au même instant. La bascule de point est un procédé qui n’utilise pas la profondeur de champ, elle nécessite même de s’en prémunir et pour cela de prévoir un éclairage faible et des optiques longues pour la diminuer au maximum et favoriser l’effet de bascule d’une mise au point à une autre. »