Plongée

Extrait de la première partie du livre.

« C’est à Ferdinand Zecca que nous devons une utilisation très récréative de la plongée, sans équivalent possible ailleurs qu’au cinéma. En 1902, dans L’Ingénieuse soubrette, il montre comment une jeune servante, chargée par son maître d’accrocher des tableaux, a l’idée de grimper à quatre pattes le long du mur pour pendre les cadres.

Le truquage est simple et aussi ingénieux que la soubrette. Lorsqu’elle se voit confier les tableaux par son maître, les deux personnages sont filmés de façon tout à fait normale, debout devant une toile peinte représentant un salon bourgeois. Pour filmer la servante qui se prend pour une mouche, la toile peinte est couchée à plat sur le sol du studio et la caméra est hissée au-dessus d’elle, filmant en direction du bas, en plongée totale à 90°. Un truquage qui demandait de fabriquer un support solide capable de soutenir la caméra et son opérateur en toute sécurité au-dessus du décor et des comédiens. Des repères sur le décor ont permis de cadrer exactement de la même façon les deux prises de vue et la soubrette a pris elle aussi ses marques pour assurer la continuité de ses gestes entre les deux situations. Elle joue maintenant à genoux sur le décor. Elle peut ainsi faire mine de se mouvoir sur une paroi verticale, telle une fine mouche! Quand elle reprend pied sur le sol du salon, et pour montrer l’étonnement de son maître devant tant d’habileté et de rapidité, c’est la suite de la première prise de vue, filmée normalement en position debout, qui est utilisée. Entre chaque situation, la pellicule a été coupée et recollée plan sur plan, et le passage d’une situation newtonienne à une situation fantaisiste totalement impossible s’est fait miraculeusement.  »