Contre plongée

Extrait de la première partie du livre.

« Dans le cinéma primitif, la contre plongée pose un problème inextricable. L’opérateur qui dresse son objectif vers le ciel ne le fait pas sans conséquences. Obligatoirement, il va s’exposer au problème du contre-jour violent auquel s’était déjà confronté James Williamson dans Attaque d’une mission en Chine en exécutant le premier contre champ face au soleil. Il risque un mauvais rendu de la scène en ombre chinoise. D’autant plus que la pellicule noir et blanc des débuts du cinéma est un film orthochromatique, sensible à toutes les radiations sauf au rouge. Cette émulsion oblige, entre autres inconvénients, de maquiller les lèvres des comédiens en noir afin qu’on les remarque. De même, le costume d’un groom, comme tout ce qui est rouge, doit être prévu en tissu noir, le résultat, sinon, est un gris moyen. Par ailleurs, cette émulsion différencie peu les variétés de verts de la nature, mais surtout elle rend trop clairs les bleus, elle produit des ciels très lumineux, délavés jusqu’au blanc. Dans ces conditions, un nuage ne se différencie pas de l’azur! C’est pourquoi les opérateurs évitent autant que possible le ciel dans la composition de leur cadre, et le panoramique de bas en haut est rarissime dans les films de 1900, et la contre plongée exceptionnelle, l’utilisation de l’un ou de l’autre est considérée à l’époque par tous les cinéastes comme une faute plutôt qu’une prouesse technique. »