Diagonale du champ

Extrait de la première partie du livre.

« En 1900, l’Anglais James Bamforth fait un remake, parmi tant d’autres, de L’Arroseur arrosé, intitulé On se moque du jardinier. Louis Lumière avait structuré l’action dans la largeur du cadre, sur la base du tuyau d’arrosage qui s’étale de gauche à droite, mettant en place le modèle de la prise de vue orthogonale. James Bamforth, lui, structure l’action dans la profondeur, en suivant une diagonale. Le farceur est au premier plan, le jardinier arroseur est au second plan, le tuyau serpente de l’un à l’autre, en diagonale. Au fond, un second jardinier qui pousse une tondeuse à gazon ferme la composition. Quand le farceur plie le tuyau pour interrompre l’arrivée d’eau, il regarde d’un air complice dans la direction de la caméra, donc du spectateur, renforçant la sensation de profondeur en incluant le hors champ de derrière la caméra. L’arroseur arrosé court après son arroseur, les deux personnages se poursuivent autour d’un petit conifère planté au centre du cadrage, et l’arrosé réussit à rattraper le farceur. Il le traîne jusqu’au tuyau et le douche copieusement, puis il s’approche de la caméra et effectue une sortie de champ à gauche, en plan américain. La mise en scène en diagonale permet le redoublement de l’action qui nous apparaît alors plus riche, et surtout plus longue que la poursuite et la fessée de Louis Lumière. Et pourtant les deux films ont exactement la même durée! »