Profondeur de champ

Extrait de la seconde partie du livre.

« Dans Citizen Kane, Orson Welles utilise la profondeur de champ, non pas pour des raisons esthétiques, mais pour décrire des rapports de force entre les personnages. À chaque fois, la profondeur de champ est justifiée par la dramaturgie. Ainsi, pendant sa lutte contre Jim W.Gettys pour lui ravir la place de gouverneur, Charles Foster Kane promet au cours d’un meeting que lorsqu’il sera élu, il traînera son adversaire devant la justice pour malversations. Le public est sensible à ses accusations et à ses qualités d’orateur démagogique, il triomphe, d’autant plus facilement que son épouse est la nièce d’un Président des États-Unis. Un plan montre alors Gettys, seul dans une loge éloignée dans les hauteurs de la salle où il est venu assister au meeting de Kane. En bas, le public applaudit à tout rompre, Gettys baisse la tête, il sait que pour lui les élections sont perdues, Kane a fait de lui l’homme à abattre. La profondeur de champ sur la salle ne le met pas en position dominante, bien qu’il soit plus haut, mais en position de spectateur, il semble déjà hors jeu. Cette profondeur de champ considérable était impossible à obtenir au tournage, elle a été reconstituée. Gettys a d’abord été filmé seul, et devant lui, il n’y avait qu’un rideau de velours noir. La salle, Kane et le public ont été filmés séparément, et les deux prises de vue ont été mélangées en profitant de la réserve noire placée devant Gettys. »