Flash back

Extrait de la seconde partie du livre.

« Dans L’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais, le personnage de l’amant, qui tente de ranimer auprès d’une femme les souvenirs de leur aventure passée, mais dont elle ne se souvient pas ou qu’elle refuse d’avouer, se cristallise enfin dans un flash back qu’il arrive à reconstituer peu à peu, par bribes. Resnais privilégie ici le mot flash comme il apparaît dans la littérature anglaise au 19ème siècle, au sens de regarder rapidement, darder son regard sur quelque chose ou quelqu’un. Au bar de ce lieu de villégiature pour riches désœuvrés, l’amant, s’il le fut en vérité, est avec la femme qui l’obsède, celle qui ne veut pas admettre qu’ils se sont un jour aimés, il fixe son regard au loin, vers les fantasmes de son désir. Dans la chambre où il l’a sans doute observée avec envie et peut-être enlacée, le passé survient en bouffée, en éclat de lumière, les plans sont d’abord extrêmement brefs, puis deviennent plus longs à chaque occurrence, enfin l’image se stabilise et perdure, l’inconnue se choisit une paire de chaussures. Des gestes anodins qui sont à la mesure des personnages erratiques qui hantent ce château, des ombres sans consistance. Car la jeune femme ne se souviendra jamais de cette improbable histoire d’amour… »