Ellipse temporelle

Extrait de la seconde partie du livre.

« Ferdinand Zecca, dans Histoire d’un crime, adapte en 1901 l’ellipse temporelle qu’il emprunte à la littérature où elle est monnaie courante, lorsque le condamné à mort revoit en songe le moment où il décide de cambrioler chez un caissier aperçu dans un débit de boissons, et, immédiatement après, son arrestation une fois le crime commis. Pourtant, le plus souvent, les cinéastes pionniers rechignaient à son emploi, faute de savoir bien l’utiliser, ils cherchaient plutôt à reconstruire une continuité temporelle. Mais comme la description d’actions intermédiaires fabriquait du temps superflu qui désamorçait tout suspense ou ralentissait l’intrigue, les cinéastes ont créé peu à peu des ellipses dans leur récit en les signalant au spectateur par l’emploi de différents moyens qui perdurent de nos jours, pratiquement inchangés : 1/ Les fondus de fermeture et d’ouverture, les enchaînés. 2/ Les volets. 3/ Les indications directes, par insert d’un plan, ou par des changements du décor, ou des modifications des accessoires apparentés aux personnages. 4/ Les indications directes données par un détail du dialogue ou de la voix-off, et aussi les sous-titres ou les cartons. 5/ Les symboles visuels évidents.

Les fondus ont d’abord servi à gommer le passage d’un plan à l’autre à l’intérieur d’une séquence. Georges Méliès, qui les a inventés, les utilisaient dans ce but. Le « changement à vue », comme il nommait la rupture d’un tableau à l’autre, le gênait, et les différents fondus employés pour relier ses tableaux étaient pour lui des colmatages qui visaient essentiellement à recouvrir les ellipses spatiales inhérentes à tout changement de plan. En revanche, les fondus de fermeture et d’ouverture de David W.Griffith visaient à créer des ellipses temporelles ou introduire une vision ou un flash back, qui sont aussi des ruptures dans le temps du récit. »