Séquence

Extrait de la seconde partie du livre.

« La place logique et chronologique des séquences, en fabriquant le temps du récit, donne sa signification au film. La décision de “démonter” une structure logique de récit, d’en renverser les éléments et de brouiller les cartes pour le plaisir du spectateur, n’est pas le fruit du hasard obtenu par une intuition géniale lors du montage. La déstructuration d’un film par effet de miroir, comme celle de Mulholland Drive, de David Lynch, est une combinaison habilement mise en place dès le scénario. Elle joue avec un jeu de cache-cache, excitant, des personnages avec eux-mêmes et bien sûr avec le spectateur. L’effet Koulechov qui préside au télescopage des plans les uns avec les autres ou des séquences l’une contre l’autre est utilisé ici a contrario. Le premier sens donné par leur succession a pour principale fonction de nous égarer. La révélation des fausses pistes surgit au détour d’une séquence et nous annonce que tout ce que nous avons vu est peut-être faux. À chaque fois, il nous faut réévaluer le récit et David Lynch en profite pour mieux nous tromper. Mulholland Drive incite les spectateurs à venir assister à une autre séance, même s’ils ont saisi certaines clés, ils se doutent qu’elles ne suffisent pas à tout comprendre. Il est vrai que le décryptage des séquences de ce film est un véritable plaisir et un vrai casse-tête car il faut y regarder à deux fois, et même plus… »