Flash forward

Extrait de la seconde partie du livre.

« Le flash forward est la représentation au cinéma de la prémonition d’un événement qui prend place dans l’instant ou dans le futur, ou un rêve qui révèle un désir ou un fantasme non formulés, ou la vision d’un monde parallèle habituellement caché. Dans Le Trésor de Sir Arne, du Suédois Mauritz Stiller, d’après le prix Nobel de littérature Selma Lagerlöf, l’épouse aveugle de Sir Arne pressent lors d’un dîner qu’un meurtre se trame. Une image mentale la bouleverse, trois hommes qui aiguisent de longs poignards. C’est le bruit de la meule qu’elle entend, mais comme le film date de 1919, et qu’il est muet, la vision de Dame Arne apparaît en surimpression à côté d’elle. Sir Arne la calme et ordonne une prière collective à sa maisonnée. De fait, quelques kilomètres plus loin, trois mercenaires ont appris la rumeur selon laquelle Sir Arne tient en sa grande salle un coffre rempli de pièces d’argent, ils affutent leurs armes et vont faire grand malheur en dérobant le trésor, en assassinant et en violant. L’aveugle avait vu juste en pressentant ce drame horrible.

Dans une séquence de L’Aurore, que tourne Murnau en 1927, une aventurière venue de la ville séduit un beau paysan et le persuade de vendre sa ferme et de venir vivre avec elle. « Et mon épouse ? » questionne-t-il dans un carton. La femme lui répond, par le même moyen, « En la noyant », et le texte peint dégouline comme du sang, ouvrant la voie au flash forward. Sur une barque, le mari pousse à l’eau son épouse. On revient au temps présent. Horrifié par cette suggestion, le mari se recule et se dégage brutalement des bras de sa tentatrice… Plus tard, cette idée le reprend devant une scène familiale adorable, il se bouche les oreilles, rappel en cinéma muet de la proposition de meurtre de la tentatrice. »