Plan débullé

Extrait de la seconde partie du livre.

« Certains films comportent toutes leurs séquences de crise en plans cassés. Dans Les Temps modernes, Charlot, est ouvrier dans une usine où il travaille à la chaîne. Victime d’une folie passagère due aux cadences infernales, il est interné dans une clinique. Il en ressort avec cette recommandation, « Évitez les émotions violentes et tout ira bien. » Il se retrouve dans la ville démente, marteau piqueur, circulation endiablée, foule pressée… La circulation et la foule sont montrées dans une série de plans cassés à 45°, tantôt penchés à droite, tantôt à gauche, soutenus par une musique dramatique. On comprend que le pauvre convalescent ne sera pas longtemps tranquille. S’il est guéri, c’est le pays qui va mal. Plus expressifs que mille paroles, les plans cassés montrent que la société a basculé dans le chaos, qu’elle a perdu la bulle!

C’est aussi dans une complète déroute conjugale que se trouve au début du film Jasmin, l’héroïne de Bagdad Cafe de Percy Adlon. À propos de tout et de rien, elle se dispute avec son mari qui finalement l’adandonne au bord de la route dans le désert qui entoure Las Vegas. Leur querelle est presque entièrement composée de plans cassés. Son mari parti, fini les plans cassés, Jasmin n’a plus devant elle que la platitude de ce lieu perdu dans la poussière, où pourtant elle va secouer la torpeur de la clientèle qui habite un motel crasseux où personne d’autre qu’eux n’a encore eu l’idée de s’arrêter. »