Actions parallèles

Extrait de la première partie du livre.

« C’est David Wark Griffith qui, dès son premier film, découvre le secret des actions parallèles, le 29ème et dernier point de grammaire. Il évite les pièges dans lesquels tous ses prédécesseurs sont tombés. Tout est vraisemblable dans le déroulement temporel des actions, leur articulation les unes à la suite des autres est parfaite, les ellipses provoquées par le découpage arrivent là où il faut, le suspense voulu est tenu. Griffith sait d’emblée comment contrôler la durée des actions, y compris les actions que le film ne montre pas, quand les personnages sont mis entre parenthèses pendant que le cinéaste décrit d’autres personnages dans d’autres actions qui font partie de l’histoire. Il est le premier à prendre conscience que lorsque l’on quitte une action et ses personnages pour montrer une autre action qui se déroule simultanément avec d’autres personnages, il faudra soustraire la durée de cette seconde action à la durée de la première quand celle-ci reviendra à l’écran.

Dans Les Aventures de Dollie, Griffith reprend le thème de l’enfant volé. Après une dispute avec les parents, un bohémien kidnappe leur fillette. Il la cache à l’intérieur d’un tonneau qu’il charge dans sa roulotte, et s’enfuit. En traversant une rivière, le tonneau tombe à l’eau et le courant ramène la fillette juste devant la maison de ses parents, où elle est délivrée.

Le découpage après montage des Aventures de Dollie nous permet de démonter le dispositif des actions parallèles et d’en distinguer les rouages :

Plan 0. Titre et copyright.

Plan 1. PM. Extérieur d’un jardin au bord d’une rivière.

Un couple aisé joue avec sa fillette Dollie.

Plan 2. PDE. Extérieur chemin, berge de la rivière.

La mère et Dollie s’installent au bord de l’eau et une partie de pêche commence. Un bohémien sort d’un bosquet et vient proposer des paniers en osier. La mère refuse, il lui dérobe son sac. Elle s’en aperçoit, alerte son mari qui frappe le bohémien avec son journal roulé en matraque et le fait déguerpir.

(Ces deux plans ont pour fonction de mettre en place les protagonistes et de lancer le conflit. Les actions parallèles, montées alternativement, ne commencent qu’avec le plan suivant)

Plan 3. PM. Extérieur. Le campement des bohémiens.

Une jeune femme se prélasse devant un feu où une cafetière est tenue au chaud.

(Pendant ce temps, action non montrée, son homme a quitté le bord de la rivière pour revenir au campement)

On le voit arriver, il se plaint de sa mésaventure, sa compagne le soigne, il lui fait comprendre qu’il va s’en prendre à la petite Dollie, elle tente de l’en dissuader, il la frappe.

Plan 4. etc. »