Plan

Extrait de la première partie du livre.

« Le premier bobineau à sortir du Kinétographe dure deux secondes et montre Laurie Dickson qui salue le spectateur d’un coup de chapeau. Le Salut de Dickson est ainsi le premier film de l’histoire du cinéma mondial et Laurie Dickson est le premier à utiliser le mot film, qui en anglais signifie pellicule, pour désigner le support argentique. Un mot qui aura bientôt un succès international et désignera d’un terme générique toutes les œuvres de cinéma : les films …/… Lorsque Dickson se filme en 1891 dans le laboratoire d’Edison, ce qu’il fait, personne ne l’a jamais fait avant lui, tout est à découvrir, il conçoit la marche en marchant. Dickson, debout devant un rideau noir, est éclairé violemment, comme au music-hall. Le Salut de Dickson est filmé en une seule prise de vue, il est le premier plan tourné, qui constitue le 1er point de grammaire du cinéma. Dickson, vu de face, est coupé à mi-jambe. Il emprunte aux arts graphiques le cadrage, qui devient le 2ème point de grammaire du cinéma. »

Extrait de la seconde partie du livre.

« On a tendance aujourd’hui à faire un glissement de sens à propos du mot image, à rétrécir sa signification. On oppose souvent le monde des images au monde de l’écrit. On affirme « nous vivons dans un monde d’images… nous sommes envahis par les images… ». Comme si le monde de l’écrit avait été relégué au placard en tant qu’outil de communication un peu vieillot détrôné par les nouvelles technologies qui produiraient désormais les images. L’image aurait-elle été inventée avec les machines qui permettent la reproduction du monde réel? En vérité, le cinéma n’a pas plus inventé les images que ne l’avaient fait la peinture et la sculpture. L’image existe depuis qu’une flaque d’eau a reflété un morceau du ciel et qu’un être humain s’est penché pour le découvrir avec étonnement. C’est ainsi qu’il a vu l’image de son propre visage réfléchi et inversé de gauche à droite… Du mot image est sorti l’imagination, la faculté que possède l’esprit à produire des images. Réfléchir a lui un aussi un double sens. Ce qui permet à Cocteau d’affirmer, “les miroirs devraient réfléchir davantage avant de renvoyer les images”. »

« Avec son esprit, l’homme a inventé le langage, pour exprimer les images qui n’avaient pas d’existence réelle, mais virtuelle …/… Le cinéma, comme la littérature, se fait avec des images. Mais pas davantage que la littérature ne peut être réduite à l’image, le cinéma n’est pas seulement une succession d’images. Le cinéma, comme la littérature, relève d’une écriture, c’est-à-dire d’une nécessité d’abstraction, de déconstruction et de reconstruction …/… Si la littérature s’écrit avec des mots, le cinéma s’écrit avec des plans. Il faut se souvenir que le plan est un rétrécissement de l’image, un rétrécissement du champ de vision par l’objectif qui devient l’œil de la caméra qui fonctionne alors comme un entonnoir. Mais à la différence de l’œil, la caméra ne voit que ce que l’on veut bien lui montrer, c’est-à-dire ce qui est dans son champ optique. »